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Il y a des questions qui arrivent sans prévenir, souvent le soir, quand la maison se tait enfin et qu’on reste là, à repenser à la journée.

Est-ce que je fais juste ? Est-ce que je leur transmets les bonnes choses ? Quel homme est-ce que j’aide à construire, là, maintenant, dans ce quotidien ordinaire et pourtant si décisif ?

Élever des garçons en 2026 n’a rien d’une évidence. Ce n’est pas une mission impossible non plus. C’est une traversée — intime, complexe, parfois inconfortable — qui nous demande, à nous les mères, de regarder honnêtement ce que nous portons nous-mêmes.

Ce que le monde nous dit d'en faire

Je suis la mère de deux garçons. 15 et 13 an à l’heure à laquelle je rédige ce texte.

Parfois je suis parfaitement alignée avec l’éducation que nous leur proposons, leur père et moi.

Et parfois, je me sens totalement à côté de la plaque, effrayée à l’idée de mal faire.

La société envoie tellement d’injonctions contradictoires aux parents de garçons (à ceux des filles aussi, cela va sans dire).

D’un côté, on nous demande d’élever des hommes forts, capables, autonomes. De l’autre, on nous enjoint à en faire des êtres sensibles, à l’écoute, respectueux des femmes. Des guerriers doux. Des leaders empathiques. Des princes sans armure mais sans failles non plus.

Cette tension est réelle. Et elle n’est pas anodine, car elle reflète une société qui est elle-même en train de se redéfinir dans ses codes masculins. Nos fils grandissent dans un monde qui questionne la masculinité sans lui offrir encore de nouveaux repères vraiment solides. Entre « sois fort »  et « exprime tes émotions » , ils cherchent leur place — et nous, on cherche avec eux.

Ce n’est pas un problème à résoudre. C’est une réalité à accueillir, avec toute sa complexité.

Ce que nous portons, nous, les mères

Avant de parler de nos fils, il faut parler de nous.

Parce qu’élever un enfant, c’est toujours — qu’on le veuille ou non — une rencontre avec sa propre histoire.

Quelle image du masculin avons-nous reçue ? De nos pères, de nos frères, des hommes qui ont traversé notre enfance et notre adolescence ? Avons-nous grandi auprès d’un père présent, affectueux, ou au contraire distant, absent, parfois violent ? Avons-nous vu des hommes qui pleuraient, qui s’excusaient, qui prenaient soin ? Ou des hommes qui avalaient tout en silence et appelaient ça de la dignité ?

Ces images-là ne sont pas neutres. Elles habitent notre façon de regarder nos fils, de réagir à leur colère, à leurs larmes, à leur besoin de nous.

Quand mon fils s’imagine faire carrière en NBA, est-ce que je vois lui — ou est-ce que je revois quelqu’un d’autre ? Quand il pleure et que quelque chose en moi s’agace, d’où vient cet agacement ? Qu’est-ce qu’on m’a appris, à moi, sur les larmes des garçons ?

Ces questions méritent d’être posées, non pas pour se flageller, mais pour choisir ce qu’on veut transmettre plutôt que de simplement reproduire.

Ce qui est difficile à nommer

Il y a des choses compliquées dans l’éducation des garçons dont on parle peu, parce qu’elles touchent des zones sensibles.

  • La relation corps-émotion. Les garçons apprennent très tôt, souvent sans qu’on le dise explicitement, que leur corps est un terrain de performance et que leurs émotions sont un terrain miné. « Les grands garçons ne pleurent pas » a beau être une phrase bannie de la plupart des familles conscientes aujourd’hui, ses échos sont encore partout — dans les vestiaires, dans les cours de récré, dans les regards des autres enfants. Comment créer un espace où nos fils peuvent ressentir sans honte, sans que ça les fragilise dans leur monde social ?
  • La question de l’autorité. Il est souvent plus difficile socialement d’être une femme qui pose des limites fermes à un garçon. Quelque chose dans les représentations collectives associe encore la mère douce et le père disciplinaire. Résultat : certaines mères sur-compensent dans un sens ou dans l’autre, soit en devenant trop rigides pour être prises au sérieux, soit en cédant par peur du conflit. Retrouver une autorité juste et incarnée, ni punitive ni démissionnaire, c’est un travail permanent.
  • L’adolescence masculine. Cette période où ils partent — intérieurement — avant même d’avoir les clés de chez eux. Où le silence devient leur langue maternelle. Où on a l’impression de perdre quelque chose sans savoir quoi. C’est souvent là que les mères se sentent le plus démunies : comment rester un point d’ancrage pour un être qui a besoin de s’éloigner pour se construire ?

Ce que l'on espère, vraiment

Quand on dépasse les injonctions et les angoisses, il reste quelque chose de très simple.

On espère leur transmettre le goût d’être vivants. La capacité à aimer sans se perdre. Le courage d’être eux-mêmes dans un monde qui aime les conformes. Le respect — de soi et des autres — pas comme une règle apprise par cœur mais comme une valeur qui vient de l’intérieur.

On espère qu’ils seront des hommes qui savent demander de l’aide. Qui n’associent pas vulnérabilité et faiblesse. Qui soient capables de dire je ne sais pas, j’ai peur, j’ai besoin de toi.

On espère qu’ils feront à leurs propres enfants, un jour, ce que nous avons fait de notre mieux : être là, imparfaites et présentes, en train d’essayer.

Ce que l'Analyse Transgénérationnelle nous enseigne sur la lignée masculine

Dans le travail d’analyse transgénérationnelle, la lignée paternelle est souvent celle qu’on explore le moins pour laquelle l’accès est plus complexe. Parce qu’elle est plus floue, parfois, dans les familles où les pères ont été absents, taiseux, ou simplement non transmetteurs de leurs histoires.

Et pourtant, nos fils portent cette lignée. Ils portent les blessures des hommes qui sont venus avant eux, les silences des guerres, les hontes enfouies, les forces aussi — immenses parfois — qu’on n’a jamais pensé à nommer comme telles.

Regarder qui étaient les hommes de notre famille peut profondément changer la façon dont on regarde nos fils. Ce que nous croyions être un défaut de caractère est peut-être un héritage. Ce que nous lisions comme de l’obstination est peut-être de la loyauté silencieuse à un ancêtre que personne n’a jamais remercié.

Ce travail ne se fait pas pour les absoudre de tout. Il se fait pour voir plus clair — et pour leur offrir, à eux, un héritage allégé.

Une mère n'élève pas un garçon seule

La dernière chose que je veux dire ici, c’est celle-là.

On nous a longtemps fait croire que l’éducation était une affaire de mères. C’est faux, injuste, et épuisant. Nos fils ont besoin de modèles masculins — pluriels, variés, imparfaits — autant qu’ils ont besoin de nous.

Mais ils ont aussi besoin de nous voir, nous, leurs mères, exister pleinement. Pas seulement comme des pourvoyeuses de soin, mais comme des femmes qui ont une vie intérieure, des limites, des élans, des renoncements.

Ce que nous leur montrons de nous, c’est aussi ce qu’ils apprendront à chercher ou à respecter dans les femmes qu’ils aimeront.

Élever des garçons, c’est peut-être avant tout continuer à se construire soi.

Vous vous sentez seule face à ces questions ? La parentalité réveille en nous des blessures qu’on ne soupçonnait pas.

Mon travail consiste à vous offrir un espace pour les traverser — pas pour les effacer, mais pour qu’elles n’imposent plus leur rythme à votre histoire, ni à celle de vos enfants.

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